Travail au noir dans le nettoyage : l'effondrement des déclarés

En 2025, les déclarants sont tombés à 65'669. Seulement 239 contrôles dans les maisons. Le Conseil fédéral propose une révision de la loi sur le travail au noir.
Contexte
En bref
- En 2025, seulement 65'669 employeurs de personnel domestique déclarés (baisse par rapport à 68'247)
- Contrôles : à peine 239 dans les habitations (probabilité de 0,048% par an)
- Le Conseil fédéral propose une révision de la loi en juin 2026
Faits clés
- Quoi : Baisse dramatique du nombre d'employeurs de personnel domestique qui déclarent
- Quand : 2025 (données de la Confédération)
- Où : Toute la Suisse (~500'000 ménages concernés)
- Qui : SECO, Conseil fédéral, autorités cantonales
- Montant : De 2021 à 2025, baisse de 100'000 à 65'669 déclarants
- Probabilité de contrôle : 0,048% par an (1 contrôle tous les 2'000 ans par ménage)
- Soupçons transmis : 4'367 en 2025 (2'045 concernant les assurances sociales)
En 2025, le marché suisse du travail domestique a atteint un nouveau plancher : seulement 65'669 employeurs ont régulièrement déclaré leur personnel, contre 68'247 l'année précédente. Le chiffre est encore plus alarmant si on le compare à 2021, lorsque les déclarants étaient environ 100'000 : en quatre ans, leur nombre a diminué d'un tiers.
Le contraste avec les estimations réelles est stupéfiant. La Confédération estime qu'environ 500'000 ménages dans toute la Suisse font appel aux services d'une employée ou d'un employé de maison. Si seulement 65'669 utilisent le canal officiel de déclaration, cela signifie que plus de 434'000 ménages opèrent vraisemblablement dans le non-déclaré — une économie souterraine qui représente 86% du secteur.
La procédure simplifiée : comment fonctionne-t-elle (et pourquoi est-elle ignorée)
La procédure simplifiée de la SECO existe précisément pour faciliter la tâche de ceux qui emploient du personnel domestique. Elle permet de régulariser, via une procédure allégée, les cotisations aux assurances sociales (AVS, AI, APG, AC) et l'impôt à la source, sans complications bureaucratiques. Pourtant, le nombre de personnes qui y ont recours continue de baisser.
La raison ? Principalement la très faible probabilité d'être contrôlé. En 2025, les organes cantonaux ont effectué au total 14'450 contrôles d'entreprises, concentrés dans la construction, la restauration et le commerce. Les ménages privés restent en revanche hors de portée. En ce qui concerne les habitations, à peine 239 contrôles ont été effectués — un chiffre dérisoire.
Rapportés aux ~500'000 ménages concernés, ces contrôles représentent une probabilité statistique de seulement 0,048% par an. En pratique : chaque ménage a une probabilité d'être contrôlé une fois tous les 2'000 ans. Il n'est donc pas surprenant que le travail au noir prolifère.
Details pratiques
Pourquoi le travail au noir se répand : risques minimes, incitations maximales
La logique est simple : le rapport coût-bénéfice est totalement déséquilibré en faveur du travail au noir. Pour une famille qui engage une employée de maison pour 20 heures par semaine, déclarer signifie verser des cotisations aux assurances sociales. La charge fiscale pour l’employeur augmente de manière significative.
Dans le même temps, la probabilité d’une sanction est pratiquement nulle. Les 239 contrôles de 2025 représentent une fraction tellement minuscule du total que le risque perçu est nul. Même lorsque les contrôles ont lieu, ils reposent presque toujours sur des signalements (4'367 signalements ont été transmis en 2025), et non sur des vérifications systématiques. Les personnes qui déclarent restent minoritaires, et la marge de sécurité pour celles qui travaillent au noir est énorme.
L’écart entre les personnes qui déclarent et les travailleurs effectifs
Un aspect critique souvent négligé : parmi les 65'669 déclarations de 2025, une part importante provient du secteur formel (agences de nettoyage, services professionnels), et non de familles privées. Cela signifie que le nombre de personnes qui travaillent effectivement dans des ménages privés sans déclaration est encore plus élevé que ne le laisse entendre le nombre de « familles non déclarantes ».
Les femmes de ménage — et ce sont principalement des femmes — travaillent donc dans un vide réglementaire : sans contrat écrit, sans couverture de prévoyance, sans protection en cas d’accident. Le coût social leur incombe entièrement, les privant de droits et de protections fondamentaux.
La proposition fédérale de juin 2026 : changement de cap ?
En juin 2026, le Conseil fédéral a présenté une proposition de révision de la loi contre le travail au noir. La nouvelle réglementation vise principalement à renforcer la collaboration et l’échange de données entre les autorités (fédérales, cantonales, communales). Cela permettrait une plus grande transparence administrative, en synchronisant les bases de données fiscales, de prévoyance et communales.
Toutefois — et c’est crucial — la proposition N’introduit PAS de mesures spécifiques pour augmenter les contrôles dans les ménages privés. La question reste donc ouverte : sans contrôles plus efficaces, comment le comportement des employeurs pourra-t-il un jour changer ?
Points cles
Comment se mettre en règle : procédure étape par étape
Même si le parcours vers la régularisation reste complexe, celle-ci est techniquement possible. Toute personne qui emploie du personnel de maison peut accéder à la procédure simplifiée de la SECO, qui centralise la déclaration des cotisations et des impôts. Le processus requiert :
1. Inscription initiale : s'inscrire auprès de la SECO avec les données personnelles de l'employeur et de l'employé de maison. 2. Communication de la rémunération : déclarer le montant brut mensuel ou annuel et le nombre d'heures de travail. 3. Paiement périodique : verser les cotisations sociales (AVS, AI, APG, AC selon les taux en vigueur) et l'impôt à la source, directement par l'intermédiaire de la SECO. 4. Documentation : conserver les contrats et les quittances de paiement en cas de contrôle éventuel.
Le système est conçu pour être simple, mais exige néanmoins une certaine rigueur administrative. De nombreuses familles choisissent précisément le travail au noir parce qu'elles préfèrent éviter cette bureaucratie.
Ce qui change concrètement avec la révision de 2026
La proposition fédérale se concentre sur l'échange d'informations entre les autorités. Cela signifie que les bases de données fiscales, de prévoyance sociale et communales seront mieux synchronisées. Un employeur qui déclare son revenu mais ne déclare pas son personnel de maison pourra être plus facilement identifié grâce à cette interopérabilité.
Le problème structurel demeure : augmenter les contrôles directs dans les habitations est compliqué d'un point de vue juridique et pratique. La nouvelle réglementation mise donc principalement sur la transparence administrative, et non sur des contrôles systématiques. Une amélioration, certes, mais probablement insuffisante pour inverser la tendance.
Prochaines étapes pour se mettre en règle
Si vous êtes un employeur suisse et souhaitez régulariser la relation avec une employée de maison, la SECO met à disposition une dichiarazione semplificata et des guides en ligne. Vous pouvez également utiliser le calcolatore di stipendi pour évaluer l'impact de la régularisation sur votre budget du ménage, afin de prendre une décision en connaissance de cause.
Le Conseil fédéral reste engagé à réduire le travail au noir dans le secteur domestique. Avec la révision de la loi de 2026, les outils administratifs devraient s'améliorer. Le véritable changement dépendra toutefois de la volonté politique de réellement sanctionner les contrevenants — et pas seulement de l'amélioration des systèmes d'information.
Source : tio.ch
Questions fréquentes
- Combien de familles suisses emploient du personnel domestique régulièrement ?
- Selon la Confédération, environ 500'000 familles dans toute la Suisse font appel aux services d'une collaboratrice ou d'un employé de maison. Cependant, seuls 65'669 le déclarent régulièrement via la procédure simplifiée de SECO. Cela signifie que plus de 80 % opèrent dans le gris non déclaré ou réglementaire.
- Quel est le risque réel d'être contrôlé dans le travail domestique ?
- En 2025, les contrôles dans les habitations privées n'ont été que de 239 sur ~500'000 ménages potentiellement concernés. Cela équivaut à une probabilité statistique d'environ 0,048 % par an — pratiquement une fois tous les 2 000 ans pour une seule famille. Le risque perçu de sanction est donc minime.
- Comment se met en règle celui qui embauche du personnel domestique ?
- Le SECO met à disposition une procédure simplifiée de déclaration. L'employeur doit enregistrer l'employé de maison auprès du SECO, communiquer la rémunération, et verser les cotisations sociales (AVS, AI, APG, AD) et l'impôt à la source sur une base trimestrielle ou mensuelle. La procédure est conçue pour être accessible même à ceux qui n'ont aucune expérience administrative.
- Qu'est-ce qui change avec la révision de la loi fédérale de juin 2026 ?
- Le Conseil fédéral a proposé une révision de la loi contre le travail au noir qui vise principalement à renforcer la collaboration et l'échange de données entre autorités fédérales, cantonales et communales. Cependant, la proposition n'introduit pas de mesures spécifiques pour augmenter les contrôles directs dans les ménages privés.
- Quelles sont les conséquences du travail au noir pour les travailleurs domestiques ?
- Les travailleurs domestiques non déclarés n'ont pas de couverture sociale (AVS, AI), ne sont pas protégés en cas d'accident, et opèrent sans contrat écrit. Le coût social de la situation retombe entièrement sur eux, les privant de droits et de protections fondamentales.
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